Portfolio Categories : Ateliers de peintre et Espagne.

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Portrait d'Antoni Tàpies réalisé par François Lagarde entre 1984 et 1985 à Campins (Catalogne, Espagne).

© François Lagarde / Adagp Paris

ANTONI TÀPIES

Né en 1923 à Barcelone (Espagne) et décédé en 2012 à Barcelone (Espagne).

Vues d'atelier datant de 1984 - 1985 (Campins - Catalogne, Espagne).

Né à Barcelone en 1923 dans un milieu cultivé, Antoni Tàpies commence à dessiner dès 1934. Pendant la guerre civile - qui le marque fortement - il tombe malade et commence à peindre durant sa convalescence. En 1943, il entreprend des études de droit qu’il abandonne en 1946 pour se consacrer définitivement à la peinture. Tàpies est dès lors guidé par trois grandes influences : le Surréalisme, l’engagement politique et l’Extrême-Orient.

Avec des amis peintres et écrivains de Barcelone attirés comme lui par le Surréalisme, il fonde en 1947 la revue Dau al set (La septième face du dé) consacrée à l’art et à la poésie ; elle est éditée en langue catalane, alors que celle-ci est interdite par le régime franquiste.

C'est en 1950 que se tient sa première exposition personnelle à Barcelone. Il s’installe ensuite à Paris où des débats agitent le monde de l’art contemporain, opposant en particulier les peintres abstraits géométriques aux peintres abstraits lyriques. Après quelques essais de compositions géométriques, Tàpies développe un langage personnel : il entreprend des recherches matériologiques pour aboutir, dès 1953, à une texture de plus en plus dense, mélange de divers éléments : “peu à peu, cela me donna l’idée de former la matière en mélangeant toutes sortes de corpuscules : sables, terres de différentes couleurs, blanc d’Espagne, poussière de marbre, poils (…) ou fils, morceaux de tissu, papier, etc., grâce à quoi j’arrivais, me semblait-il, à donner l’impression d’une accumulation cosmique de millions d’éléments (…)”. Dans cette matière dure et épaisse, il grave, incise, griffe, entaille et déchire ; ses œuvres évoquent de vieux murs ou certains graffitis des rues de Barcelone, tandis que des idéogrammes et des motifs de croix ou de “ T “ barrent de plus en plus souvent ses compositions, telles des signatures ou des biffures.

En 1952, il participe à la Biennale de Venise et, en 1953, expose à la galerie Martha Jackson de New York. En 1954, il rencontre le critique Michel Tapié qui s’intéresse immédiatement à son œuvre. Depuis 1955, date de sa première exposition à la galerie Stadler à Paris, il n’a cessé d’exposer dans le monde entier.

En 1955, Tàpies s’installe sur les hauteurs de Montseny en Catalogne, où il aménage un atelier moderne, dans un mas du XVe siècle dont les vieux murs influencent profondément sa peinture, caractérisée souvent par l’ocre, le brun, le gris, le noir et le blanc. Depuis la fin des années 1950, l’artiste emploie des matériaux de plus en plus pauvres (cartons, caisses, papier, tissu, ficelle…), qui constituent parfois le thème de ses œuvres et anticipent sur les méthodes d’appropriation des Nouveaux Réalistes. Il poursuit ses recherches jusque dans les années 1970, au cours desquelles les assemblages d’objets se font de plus en plus présents. En 1965, la figure resurgit dans son œuvre (empreintes de pieds, silhouettes, fragments de corps) sans que le peintre renonce à la matière : “la recherche est essentielle pour moi, mais je n’ai jamais abandonné non plus cette idée qu’il fallait toujours y ajouter des images (…)”.

En 1979, Tàpies développe une nouvelle technique, proche du frottage de Max Ernst : il peint sur une toile posée sur un corps ou un objet dont elle épouse les formes, soulignant ainsi le relief. A partir de 1981, il réalise ses premières céramiques et aborde la sculpture. C’est aussi dans les années 1980 qu’il commence à peindre avec le vernis qui lui servait jusqu’ici de liant, se rapprochant ainsi des techniques et des artistes d’Extrême-Orient. En 1983 est inauguré à Barcelone son Monument à Picasso qui accueille la Fondation Tàpies en 1990. L’artiste couronne le bâtiment, enserré par les immeubles mitoyens, d’une sculpture aérienne intitulée Núvol i cadira (Nuage et chaise), thèmes récurrents dans son œuvre et indices d’une humeur méditative et rêveuse. En 1987, dans le monumental Gran díptic dels mitjons, Tàpies déploie avec élégance son amour pour l’art oriental. Sa calligraphie, plus souple, plus légère que les « graffiti » des années 50-60, compose un paysage où se lit une humilité toujours revendiquée et une spiritualité constante. Cependant, comme pour mieux affirmer la fausse dichotomie occidentale des mondes spirituels et matériels, il superpose une paire de chaussettes et double son geste d’un clin d’œil au ready-made de Marcel Duchamp avec l’inscription « acalapotecari » (chez le pharmacien).

Après le Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1973, le Jeu de Paume consacre une exposition à l’artiste en 1994.

En parallèle d’une importante production artistique, Tàpies écrit de nombreux ouvrages sur l’art dont L’art et ses lieux, édité en français par la Galerie Lelong en 2003.