A propos | les Abattoirs | Ateliers d’artistes 1985

A PROPOS

Présentation du fonds

Cette exposition virtuelle a pour objectif de présenter et valoriser une partie du fonds photographique « Itinéraires du Versant Sud » conservé par le musée des Abattoirs. Ce fonds, riche de plus de 6 200 images est le résultat d’une campagne photographique réalisée par François Lagarde entre 1984 et 1985 à la demande du Frac Midi-Pyrénées.

A l’occasion de l’inauguration du Centre Régional d’Art Contemporain (Crac) de Labège, le 3 décembre 1985, le Frac Midi-Pyrénées mandata le photographe François Lagarde afin de réaliser des vues d’atelier pour chacun des artistes présents dans sa collection fraîchement acquise. C’est ainsi que François Lagarde sillonna la France, l’Espagne et l’Italie, au côté de Brigitte Rambaud assistante photographe, dans l’objectif de photographier les artistes dans leur atelier et ainsi produire un portrait structuré, démonstratif de la personnalité d’un artiste.

Diapositives couleurs de l'atelier d'Albert Rafols Casamada, conservées au Centre de documentation des Abattoirs.

Ces photographies, initialement des diapositives, furent présentées au public en 1985 via un vidéodisque interactif. Véritable innovation technologique pour l’époque, ce premier vidéodisque d’art contemporain d’Europe, fut conçu comme un outil d’accompagnement et de médiation à l’exposition, permettant d’accéder à des informations complémentaires sur les artistes exposés : leurs lieux, leurs œuvres, leurs environnements, leurs gestuelles. Regroupées par ensemble géographique, ces photographies étaient accessibles grâce un clavier tactile. Plusieurs vidéos, présentant les grandes métropoles du bassin méditerranéen sont également consultables depuis le vidéodisque.

Les portraits en noir et blanc réalisés par François Lagarde furent quant à eux publiés sous la forme de fiches autonomes, dans le catalogue d’exposition Itinéraires du Versant Sud. Chaque fiche était composée du portrait original de l’artiste reproduit en pleine page, accompagné à son verso de la reproduction couleur d’une œuvre réalisée par l’artiste et acquise par le Frac.

A l’image du vidéodisque, le présent site internet se propose de faire (re)découvrir les collections du musée des Abattoirs via la publication des vues d’atelier de François Lagarde. Cette exposition virtuelle se compose ainsi des diapositives numérisées et des images en format PAL, directement extraites du vidéodisque; vidéodisque restitué en 2016 par François Lagarde au Musée des Abattoirs.

François Lagarde 

Photographe, cinéaste et éditeur français, François Lagarde naît en 1949 à Nîmes. Fils et petit-fils de pasteur, il commence très tôt à pratiquer la photographie à l’âge de 14 ans, passion qui le mène à étudier à l’Institut d’art et d’archéologie de Paris dès 1968. Là-bas, il fera des rencontres déterminantes, notamment celle de Gérard-Georges Lemaire et Alain Pacadis.

Ces rencontres et son goût pour la photographie l’amènent à fréquenter quantité de musiciens, écrivains, philosophes et artistes qu’il aime à photographier. De ces échanges, naîtront des portraits, non pas fruits d’un instantané mais pensés en connivence avec son sujet, de telle sorte que la composition, la posture et les décors, traduisent la personnalité du sujet photographié.

François Lagarde travaille en tant que photographe pour l’agence Bernand à Paris avant de s’installer à Genève, où il fonde sa première maison d’édition : Nuits blanches. A Genève, il organise également, au côté de son ami Gérard-Georges Lemaire, le Colloque de Tanger en 1975, ayant pour thème les recherches de deux peintres et écrivains William S. Burroughs et de Brion Gysin, dont il était très proche.

Quatre ans plus tard, François Lagarde s’installe à Montpellier et fonde en 1981 les éditions Gris banal. Il y publie des auteurs tels que Denis Roche, Brion Gysin, Ernst Jünger, Roger Laporte, Jean-Luc Parant, Albert Hofmann ou encore Harold Chapman, dont les ouvrages vont connaître la célébrité. En 1999, François Lagarde décide de mettre de côté ses ambitions en matière d’édition papier pour privilégier la création multimédia et les technologies du numérique. Il fonde alors la société Hors Œil édition aux côtés de Christine Baudillon réalisatrice, et Lionel Broye concepteur multimédia. Spécialisée très tôt dans la production de livres CD-ROM et livres DVD, la société Hors Œil réalise ainsi des portraits filmés d’artistes : Gilbert Simondon, Roger Laporte, Philippe Lacoue-Labarthe ou encore Siegfried Kessler se plieront à cet exercice.

François Lagarde, image issue du vidéodisque, 1985.


 

En parallèle, François Lagarde continue ses activités de photographe et aime à photographier les œuvres et artistes dans leur atelier. C’est ainsi que le Frac Midi-Pyrénées lui commande en 1983 la réalisation de vues d’ateliers pour chacun des artistes présents dans la collection du Frac récemment acquise. Ainsi, François Lagarde visite, durant plus d’un an, 95 ateliers d’artistes français, espagnols et italiens, au côté de Brigitte Rambaud, assistante photographe. Plus de 6 000 diapositives couleurs sont réalisées, ainsi qu’une centaine de portraits en noir et blanc, dont la composition, le cadrage, l’angle de prise de vue et la scénographie, traduisent la technicité et l’œil singulier de François Lagarde.

Outre ces activités de technicien, François Lagarde diffusa son savoir en matière de photographie et de vidéo à l’école des beaux-arts de Nîmes, Marseille puis Avignon, développant ainsi une approche historique de l’image.

Décédé le 13 janvier 2017, François Lagarde fut salué pour son travail par la Maison européenne de la photographie qui lui consacra une rétrospective en 2014. La galerie AL/MA de Montpellier lui rendit également hommage lors de l’exposition personnelle « Artistes et Philosophes » en 2015, exposant ainsi une cinquantaine de portraits d’artistes et de philosophes.

 

Photographie réalisée pour l'exposition inaugurale du Crac.

Le vidéodisque permettant de lire les photographies de François Lagarde au Centre Régional d'Art Contemporain de Labége.

Fiche recto-verso de Claude Viallat issue du catalogue d'exposition "Itinéraires du Versant Sud".

Les débuts des Fracs et du Crac

Dans le cadre de la politique de décentralisation mise en place par l’Etat, Jack Lang, alors ministre de la culture, crée les Fonds régionaux d’art contemporain en 1982. Ces fonds ont pour missions de constituer un patrimoine d’art contemporain en région et soutenir ainsi la création artistique par des campagnes d’acquisitions et commandes d’œuvres d’art. Leur seconde mission consiste à diffuser leurs collections sur le territoire régional, notamment par le développement de partenariats avec les collectivités locales et les établissements scolaires, et ainsi sensibiliser le public aux démarches artistiques contemporaines.

A l’image des 23 Fracs créés en 1982, le Fonds régional d’art contemporain Midi-Pyrénées dut, à sa création, définir une ligne d’acquisition spécifique répondant à une éventuelle identité régionale, autour du monde méditerranéen. Ce n’est qu’à la fin de l’année 1983 que la décision est prise d’acquérir enfin, et dans une relative urgence, les premières œuvres du fonds. À la constitution du Frac Midi-Pyrénées, dirigé par Jean-Marc Ferrari, alors conseiller artistique de la Direction régionale des affaires culturelles, s’ajoute la création de l’Association Régionale pour la Promotion des Arts Plastiques (Arpap) en 1983. Pierre-Jean Galdin, directeur de cette association, se charge ainsi des missions de diffusion et de sensibilisation des publics en concertation avec le Frac Midi-Pyrénées.

La politique d’acquisition du Frac Midi-Pyrénées se focalise sur le bassin méditerranéen, désireux d’effectuer une relecture synthétique et critique de l’histoire récente des arts sur le territoire régional. Cette perspective régionale ne peut être comprise que dans la volonté de tracer les axes d’échanges interrégionaux et internationaux entre la région Midi-Pyrénées et les grands foyers artistiques du bassin méditerranéen, tels que Milan ou Barcelone, et ainsi isoler les courants et mouvances artistiques qui traversent les territoires dans lesquels ils s’inscrivent.

A la fin de l’année 1984, la collection du Frac Midi-Pyrénées compte 190 œuvres : des peintures et des dessins pour l’essentiel. Cette collection fut diffusée à ses débuts par l’intermédiaire de l’Arpap. C’est notamment le cas de l’exposition inaugurale « Itinéraires du Versant Sud » au Centre Régional d’Art Contemporain de Labège (Crac).

Vue extérieure du Centre Régional d'Art Contemporain de Labège.

Afin de pallier l’absence de structure dédiée à l’art contemporain, le projet de création d’un Centre Régional d’Art Contemporain en Midi-Pyrénées voit le jour dès le mois de juin 1982, sous l’impulsion de Jacques Brianti, Claude Bellier, Liberto Pérez et Alain Mousseigne. C’est ainsi que le Crac, chapeauté par l’Arpap, ouvre ses portes le 3 décembre 1985 dans la zone industrielle de Labège. C’est donc à Pierre-Jean Galdin, également à la tête du Crac, que l’on doit l’implantation du premier vidéodisque d’art contemporain d’Europe. Rapidement néanmoins, l’Arpap cesse ses activités de diffusion, mission dévolue initialement au Frac Midi-Pyrénées et le Crac de Labège ferme ses portes en 1995, faute de visiteur.

La fermeture du Crac de Labège s’associe au projet des Abattoirs, inauguré en 2000 à l’initiative de la Mairie de Toulouse, de la Région Midi-Pyrénées et du Ministère de la culture. Implantés dans les anciens abattoirs du quartier Saint-Cyprien, Les Abattoirs ont ainsi récupéré les missions du Musée d’art moderne et contemporain de la ville, du Crac et du Frac Midi-Pyrénées, dont les collections furent considérablement enrichies par les donations d’Anthony Denney et Daniel Cordier. C’est ainsi que le fonds photographique Itinéraires du Versant Sud  fut confié en 2000 au service de documentation des Abattoirs.

Installation de l'exposition inaugurale "Itinéraires du Versant Sud" au Centre Régional d'Art Contemporain de Labège, 1985. ( © François Lagarde )